| A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z | # |
Par DZR - Artiste concerné(e) : #Industrie musicale
Publié le
Tu lances Spotify, Deezer ou YouTube Music et, au bout de quelques minutes, tu as l’impression d’écouter toujours les mêmes artistes.
Pas forcément les mêmes morceaux. Mais les mêmes styles, les mêmes ambiances, les mêmes voix. Et quand une nouveauté arrive, elle ressemble souvent beaucoup à ce que tu écoutes déjà.

Ce n’est pas forcément un problème. C’est même exactement ce qu’on demande aux plateformes : comprendre nos goûts pour nous proposer des trucs susceptibles de nous plaire.
Sauf qu’à force de chercher la pertinence, les recommandations peuvent aussi donner une impression de déjà-vu.
Alors, comment sortir de cette bulle sans pour autant jeter les algos par la fenêtre ?
La bonne nouvelle, c’est que tu peux largement influencer ce qu’ils te proposent.
Dans les articles précédents, on a vu comment fonctionnent les recommandations.
Les plateformes regardent ce que tu écoutes, ce que tu recherches, les artistes que tu suis, les titres que tu ajoutes ou ceux que tu zappes. Petit à petit, elles se font une idée de tes goûts.
Le souci, c’est que ce qui marche bien aujourd’hui peut devenir une habitude demain.
Tu écoutes beaucoup de rap français ? Elle va continuer à t’en proposer.
Tu restes surtout sur du rap mélodique ? Elle va chercher des artistes proches.
Tu ne vas presque jamais du côté du rock, de la soul ou de l’électro ? Elle a peu de signaux pour comprendre ce que tu pourrais aimer dans ces univers.
Ce n’est pas une prison. Une étude sur les pratiques d’écoute montre d’ailleurs que l’impact des recommandations sur la diversité varie selon les gens et la façon dont ils utilisent les différents modes de découverte.
Autrement dit : l’algo te connaît à partir de ce que tu lui montres.
Et si tu lui montres toujours la même chose, il a peu de raisons de changer radicalement de direction.
Ça paraît évident, mais c’est probablement le levier le plus efficace.
Si tu attends que l’algo te sorte tout seul de tes habitudes, tu lui demandes de contredire ce qu’il a appris.
Tu peux provoquer la découverte.
Tu écoutes beaucoup de rap français ? Va chercher du rap belge, québécois ou britannique.
Tu restes sur les artistes actuels ? Remonte dans les années 90 ou 2000.
Tu connais surtout les plus populaires ? Explore une scène locale, un label indépendant ou des artistes émergents.
Tu peux même partir d’un seul élément :
un producteur, un featuring, un label, une ville, une époque ou un genre.
Si un artiste te plaît, ne t’arrête pas à ses titres les plus connus. Regarde avec qui il travaille, qui produit ses sons, quelles influences il cite.
Tu transformes une découverte en point de départ vers un nouvel univers.
Les recommandations algorithmiques ne sont pas les seules portes d’entrée.
Les playlists éditoriales, les sélections de médias ou de curateurs peuvent justement te sortir de tes habitudes. Pourquoi ? Parce qu’elles ne partent pas de ton historique personnel.
Une playlist sur la nouvelle scène rap française, le rock indépendant, la soul des années 70 ou les artistes émergents peut t’amener vers des noms que ton algo n’aurait pas forcément mis devant toi.
Il y a une vraie différence entre « voici ce que tu risques d’aimer » et « voici ce qui mérite d’être découvert ».
Les deux sont utiles. Elles ne poursuivent juste pas le même objectif. Des travaux sur la recommandation musicale montrent d’ailleurs que l’algo et la curation humaine n’ont pas les mêmes effets sur la diversité des écoutes.
Spotify a progressivement ajouté des outils pour mieux contrôler ce qui influence les recommandations.
Depuis 2025, tu peux exclure une playlist ou un morceau de ton profil de goût. Les écoutes de ces contenus ont alors moins d’impact.
C’est particulièrement utile dans des situations très banales :
musiques pour dormir, comptines pour les enfants, playlist d’ambiance au travail, ou simplement un style que tu as écouté plusieurs jours sans que ça représente vraiment tes goûts.
Ces écoutes peuvent brouiller l’image que la plateforme se fait de toi.
En septembre 2026, Spotify a même ajouté un réglage pour empêcher la musique enfants/famille de modifier ton profil, tout en continuant à pouvoir l’écouter normalement.
L’idée est claire : tout ce que tu écoutes n’est pas forcément quelque chose que tu veux voir influencer tes futures recommandations.
En 2026, Deezer a lancé Flow Tuner.
Flow est depuis longtemps la bande-son personnalisée de la plateforme. Avec Flow Tuner, tu peux sélectionner, désactiver ou ajouter des genres et sous-genres pour orienter les recommandations.
C’est une façon simple de dire à l’algo :
« Voilà ce que j’écoute déjà. Maintenant, emmène-moi un peu ailleurs. »
Essaie quelque chose de basique pendant quelques jours : ajoute volontairement un genre que tu connais peu.
Pas besoin de tout chambouler. L’objectif est juste de créer une porte d’entrée.
Tu écoutes du rap → tu ajoutes de la soul.
Tu écoutes de la pop → tu explores l’indie rock.
Tu écoutes de l’électro → tu vas voir du côté de la house, de la techno ou de l’ambient.
Tu ne sais pas forcément si tu vas aimer. Et c’est justement le principe.
YouTube Music a une particularité : ses recommandations peuvent s’appuyer sur ce que tu regardes et aimes sur YouTube, ainsi que sur tes abonnements.
C’est pratique pour découvrir de la musique… mais ça veut aussi dire que ton activité vidéo participe à façonner ton univers musical.
Tu regardes régulièrement les clips d’un artiste ? Ça peut influencer.
Tu recherches beaucoup un style ? Pareil.
Tu peux gérer ton historique, supprimer certaines activités ou mettre l’historique en pause. YouTube précise que les contenus regardés pendant une pause ne sont pas utilisés pour les recommandations.
Ce n’est pas quelque chose à faire en permanence. Mais si tu utilises ton compte pour des recherches très éloignées de tes goûts musicaux, c’est utile de savoir que ton historique compte.
Méthode simple et efficace : pars d’un artiste que tu connais déjà, mais ne t’arrête pas à ses albums.
Lance sa radio, regarde les artistes similaires, explore les recommandations associées. Et surtout, ne zappe pas au premier morceau.
Si un titre te plaît, note le nom de l’artiste. Puis recommence.
Tu construis rapidement une chaîne :
Artiste A → Artiste B → Producteur C → Artiste D → nouveau genre.
C’est une forme de navigation musicale. Et elle a un avantage sur une playlist automatique : tu gardes une part de curiosité.
Tu ne cherches pas forcément « le prochain morceau parfait ». Tu cherches le prochain morceau intéressant.
La nuance est importante !
C’est peut-être le conseil le plus dur.
Quand une recommandation ne ressemble à rien de ce que tu écoutes, le premier réflexe est souvent de passer. Normal.
Mais parfois, sortir de sa bulle demande de laisser quelques morceaux respirer. Un son peut sembler bizarre au premier passage parce que sa production, sa voix ou son rythme ne correspondent pas à tes habitudes.
Ça ne veut pas dire qu’il faut se forcer. Mais une règle simple fonctionne bien :
si un morceau t’intrigue, donne-lui une vraie chance avant de passer au suivant.
La découverte marche aussi par familiarisation. Plus tu explores un univers, plus certains codes deviennent compréhensibles. Et tu peux finir par aimer des choses que tu aurais rejetées quelques semaines plus tôt.
Les plateformes sont ultra pratiques. Elles ne devraient juste pas être ta seule source.
Regarde ce que recommandent les artistes que tu aimes.
Écoute les playlists de médias musicaux.
Suis les sélections de DJs.
Regarde les programmations des salles de concert.
Échange avec tes amis.
Et surtout, retourne parfois à quelque chose de très ancien : la recommandation humaine.
Un pote qui te dit « écoute ça, je pense que ça va te plaire » n’a pas besoin de connaître ton historique. Il peut juste avoir une intuition. Et cette intuition peut t’emmener ailleurs.
C’est aussi pour ça que les médias, les radios et les communautés continuent d’avoir un vrai rôle dans la découverte.
Tu peux transformer ta recherche en petit jeu.
Au lieu de chercher uniquement un artiste, cherche :
Donne-toi un défi simple :
« Aujourd’hui, je découvre 3 artistes que je ne connaissais pas, venant de 3 pays différents. »
Ou :
« Je vais écouter 5 artistes qui ont influencé mon artiste préféré. »
Pas besoin d’en faire un devoir. L’idée est juste de remettre un peu de hasard dans une expérience devenue très personnalisée.
C’est peut-être le paradoxe du streaming.
On a accès à une quantité gigantesque de musique, et pourtant on a parfois l’impression d’en écouter moins. Pourquoi ? Parce que l’accès est devenu trop facile. Une playlist est déjà prête. Une recommandation arrive. Un mix démarre tout seul.
C’est confortable. Mais la découverte vient parfois du fait de chercher sans savoir exactement ce qu’on cherche.
Un album trouvé par hasard. Un artiste découvert en concert. Un morceau entendu dans une série. La recommandation d’un ami. Une vieille playlist retrouvée. Une sortie TrackMusik qui attire ton attention.
Ce sont toutes des portes d’entrée différentes. Plus tu les utilises, moins ton univers musical dépend d’une seule source.
Pas besoin de supprimer toutes tes playlists ni de changer de plateforme. Le but n’est pas non plus de lutter contre les algos. Ils sont très utiles pour retrouver rapidement ce que tu aimes.
L’idée, c’est plutôt de ne pas leur laisser toute la place. Tu peux continuer à écouter tes artistes préférés tout en consacrant une petite partie de ton temps à la découverte :
Et, quand la plateforme te propose quelque chose de différent, prendre parfois le temps de l’écouter plutôt que de passer immédiatement.
Au fond, sortir de sa bulle musicale, ce n’est pas demander à l’algo de devenir imprévisible.
C’est à toi de lui donner de nouvelles choses à apprendre.
Et de temps en temps, de l’oublier complètement.
Parce que la meilleure découverte n’est pas forcément celle que l’algo avait prédite.
C’est parfois celle que tu n’aurais jamais pensé chercher.
Correction, proposition d'article : redaction[AT]trackmusik.fr